MÜLLER (W.)


MÜLLER (W.)
MÜLLER (W.)

MÜLLER WILHELM (1794-1827)

Sans l’Intermezzo lyrique de Heinrich Heine et sans les deux cycles de lieder, La Belle Meunière et Le Voyage d’hiver , de Franz Schubert, qui se souviendrait encore aujourd’hui — hors des limites du monde germanique — du nom et du rôle du poète de l’école souabe, Wilhelm Müller?

Bien que né à Dessau, c’est sous le nom de «Müller le Grec» que le poète est d’abord connu par ses contemporains. Fils d’un maître cordonnier, Müller fait à Berlin des études de philologie, de langues anciennes et d’histoire. En 1813-1814, comme beaucoup de jeunes étudiants allemands, il prend une part active à la «guerre de libération» contre Napoléon et (comme le jeune poète Körner de Vienne s’engage dans un corps franc) il est enrôlé comme volontaire dans les chasseurs de la garde prussienne et se bat vaillamment. Après la fin de la campagne, il se joint à un groupe de jeunes poètes berlinois, tous «combattants de la liberté» (parmi eux, Achim von Arnim et Ludwig Rellstab), groupe romantique qui entend exalter tout ce qui se rapporte à l’histoire germanique et à l’histoire du Volkslied. Il publie alors une Anthologie des Minnesänger . En 1817, il est désigné pour accompagner en Égypte un noble prussien, le baron de Sack, mais il s’arrête en Italie, où il passe près d’une année, et dont il ramène la matière de deux volumes: Rome, les Romains et les Romaines , ainsi qu’une très importante collection de chansons et d’épigrammes. De passage à Vienne, au cours de ce même voyage, il apprend le grec moderne et rencontre des patriotes helléniques. À son retour, il est nommé professeur au gymnase de Dessau, puis bientôt conservateur de la bibliothèque qu’il est chargé de rassembler. En 1821, il prend ardemment parti pour l’indépendance grecque et publie alors ses Chants des Grecs (Lieder der Griechen ) en vers allemands de huit pieds d’une facture originale, qui lui valent une célébrité internationale et le surnom de Müller le Grec; ce qui ne l’empêche pas d’être en même temps féru d’anglicisme, fervent lecteur de Shakespeare et traducteur de poètes élisabéthains (notamment du Faust de Marlowe), et érudit fort connaisseur en matière de culture italienne, à la fois savante et populaire.

Mais la recherche qui lui tient le plus à cœur depuis ses années d’étudiant reste foncièrement la même: parvenir à créer une poésie à la veine très populaire, très simple et très rythmée, centrée sur la nature. Ainsi naissent, presque parfois comme un jeu de société, les Soixante-Dix-Sept Poèmes trouvés dans les papiers posthumes d’un corniste ambulant , regroupés en deux volumes parus en 1821 et 1824; La Belle Meunière (Die schöne Müllerin ) et Le Voyage d’hiver (Winterreise ), cycles poétiques immortalisés par la musique de Schubert, font partie de ces recueils. Müller publiera encore un autre recueil poétique, Voyages lyriques et promenades épigrammatiques . Il est aussi l’auteur de quelques nouvelles (Le Treizième , Debora ).

Wilhelm Müller a écrit une grande part de son œuvre poétique en ayant clairement conscience qu’elle appelait un accompagnement et même un accomplissement musical: «Je ne sais ni jouer ni chanter, et cependant, quand j’écris des poèmes, je chante et je joue. Si je pouvais créer moi-même mes mélodies, alors mes lieder plairaient encore plus que maintenant. Mais j’espère avec confiance qu’il pourra se trouver une âme semblable à la mienne, qui saisisse les mélodies glissées sous les mots et qui me les restitue.» Ou encore: «Mes lieder mènent seulement à une moitié de vie, une vie de papier, en noir et blanc, jusqu’à ce que la musique les anime du souffle de la vie, ou plus encore, alors que celui-ci sommeille en eux, l’appelle et le réveille.» Il est triste de penser que, mort à moins de trente-trois ans, Müller n’a jamais pu entendre vivre ses œuvres dans la création musicale de Schubert, presque exactement son contemporain, qui répondra si génialement à son intuition.

En revanche, Müller aura eu la joie d’être en relation épistolaire avec Heinrich Heine, qui dédie au «Corniste» un exemplaire de son Intermezzo lyrique et qui lui exprime sa dette poétique en ces termes: «Je crois avoir trouvé dans vos poèmes la sonorité pure et la simplicité vraie auxquelles j’ai toujours aspiré. Que vos poèmes sont purs et limpides! [...]. Seul, vous Wilhelm Müller, vous me restez, avec votre fraîcheur et votre originalité juvéniles.»

Encyclopédie Universelle. 2012.

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